Retour d'expérience
J'ai formé près de 500 personnes à l'IA : ce que le terrain m'a appris

Par Théo CohenConsultant et formateur indépendant en IA et automatisation · 6 min de lecture
Cinq minutes avec Copilot face à trois jours de PowerPoint
Lors d'une formation Microsoft Copilot en présentiel, j'ai eu face à moi un dirigeant d'une grande entreprise française.
Il n'était franchement pas enthousiaste à l'idée de passer du temps à se former à l'IA.
Pendant la session, je lui ai montré comment produire en cinq minutes une présentation PowerPoint destinée à sa direction. Un travail qui, d'après lui, lui aurait demandé trois jours.
Il a lui-même reconnu que le résultat était meilleur que ce qu'il aurait préparé.
Ce genre de scène me marque particulièrement : les perceptions peuvent évoluer très vite quand on travaille sur un cas réel.
Depuis début 2026, j'ai formé près de 500 personnes différentes, en B2B comme en B2C, lors de formations collectives et d'accompagnements individuels.
Et ce que j'entends en début de session a lui aussi changé.
Dans mes formations, la peur a changé de nature
Jusqu'au printemps 2026, je rencontrais encore régulièrement des réticences à utiliser l'IA.
Je le constatais particulièrement dans mes formations IA en entreprise, où les collaborateurs n'ont pas forcément choisi eux-mêmes de participer.
Certains étaient sceptiques. D'autres ne voyaient pas vraiment ce que ces outils pouvaient leur apporter.
Depuis, j'observe moins de résistance.
En revanche, une autre inquiétude revient : celle de ne pas réussir à suivre la vitesse d'évolution de l'intelligence artificielle.
C'est mon observation sur le terrain, pas une étude sur l'ensemble des salariés français.
Ce qui me plaît dans ces formations, c'est de voir les perceptions évoluer pendant la session.
On part des tâches concrètes des participants, on teste les outils ensemble, et progressivement, les questions changent.
Les participants commencent à imaginer comment utiliser l'IA dans leur propre travail.
Pourquoi je fais construire les prompts par l'IA elle-même
Je trouve qu'on passe parfois beaucoup trop de temps à apprendre à rédiger des prompts.
Certaines formations enseignent des structures complexes, avec beaucoup de règles à mémoriser.
Ces méthodes peuvent être utiles, notamment pour les agents IA et les automatisations qui demandent des consignes précises et reproductibles.
Mais pour une demande du quotidien, pourquoi passer quinze minutes à rédiger manuellement un prompt ?
En formation, j'utilise souvent une analogie.
Imaginez que ChatGPT soit votre nouvelle secrétaire, particulièrement intelligente et compétente.
Si vous lui confiez un dossier sans lui expliquer votre contexte, vos attentes ni vos contraintes, elle devra deviner une bonne partie de ce que vous voulez.
Avec des informations précises, elle pourra beaucoup mieux travailler.
C'est exactement la logique que j'essaie de transmettre.
Un bon prompt commence par un bon contexte.
Ma méthode concrète
Je demande aux apprenants d'expliquer leur besoin à ChatGPT, avec leurs propres mots, en fournissant le contexte, l'objectif, les contraintes et les éléments disponibles.
Ensuite, je leur propose cette instruction :
« Aide-moi à transformer ces informations en un prompt clair et complet. Pose-moi les questions nécessaires avant de le rédiger. »
On teste le prompt obtenu, on observe le résultat et on l'améliore.
Le but est d'apprendre à mieux communiquer avec l'IA, plutôt que de devenir dépendant d'une structure de prompt.
Comment je combine plusieurs outils d'IA
Je ne recommande pas de se limiter systématiquement à un seul modèle.
Pour créer un site web, par exemple, j'utilise plusieurs outils complémentaires :
- ChatGPT pour réfléchir à la stratégie et structurer les prompts.
- Claude Chat pour travailler sur les contenus et leur rédaction.
- GPT et Gemini pour créer certaines images.
- Claude Code et Lovable pour développer le site.
- Claude dans Chrome et Claude Code pour auditer et améliorer le résultat.
- Perplexity pour la recherche, notamment sur le référencement.
Ce n'est pas une recette universelle. C'est une manière de travailler qui correspond à mes projets actuels.
Ce qui m'intéresse, c'est de choisir l'outil adapté à chaque tâche, plutôt que de vouloir tout faire avec le même.
L'apprenante qui se croyait en retard et qui développait déjà pour des clients
Au premier semestre 2026, j'ai accompagné une future consultante en intelligence artificielle.
Elle avait pris du retard sur le programme et se sentait moins avancée que les autres, particulièrement sur la partie technique.
Nous nous sommes revus après l'été.
Entre-temps, elle avait énormément progressé en vibecoding.
Et surtout, elle avait déjà développé deux solutions pour des clients.
Ce qui m'a marqué, ce n'est pas uniquement sa progression technique, mais le contraste avec ses doutes quelques mois auparavant.
C'est une des raisons pour lesquelles j'accorde autant d'importance à l'autonomie des apprenants.
Ma plus grosse erreur comme consultant IA : sous-facturer
Quand j'ai commencé à développer mon activité de consultant IA, j'ai progressé assez rapidement sur la technique.
Mais la partie commerciale, je l'ai apprise en faisant des erreurs.
La plus importante : sous-facturer mes prestations.
Au début, je fixais mes prix à partir de mes coûts, auxquels j'ajoutais une marge. Je réfléchissais davantage au coût de la prestation qu'à la valeur qu'elle pouvait apporter au client.
J'ai aussi découvert les difficultés des missions au forfait.
Une petite demande supplémentaire, puis une autre, puis une autre… Et le périmètre de la mission finit par dépasser ce qui avait été prévu au départ.
C'est ce qu'on appelle le scope creep, ou dérive du périmètre.
Aujourd'hui, quand j'accompagne de futurs consultants IA, je travaille autant sur la construction de leur offre, leur positionnement, la prospection et la valorisation de leurs prestations que sur leurs compétences techniques.
Je partage aussi mes propres erreurs. C'est parfois ce qui permet d'éviter les leurs.
Pourquoi mes supports changent parfois quelques heures avant une formation
L'un des aspects les plus exigeants de mon métier, c'est la vitesse à laquelle les outils évoluent.
Il m'arrive de mettre à jour mes supports quelques heures avant une session, parce qu'une fonctionnalité vient de changer ou qu'une nouveauté mérite d'être montrée.
Mais la personnalisation ne concerne pas uniquement les supports.
J'essaie de partir des projets et des problèmes réels des participants.
Un collaborateur qui souhaite gagner du temps, un dirigeant qui réfléchit à l'intégration de l'IA et un futur consultant IA qui souhaite lancer son activité n'ont pas les mêmes besoins.
J'adapte donc mes démonstrations autant que possible, je prends le temps de répondre aux questions, quitte à dépasser l'heure de fin, et je reste disponible après les sessions.
Pour moi, la réussite d'une formation se voit surtout lorsque les participants commencent à utiliser seuls ce qu'ils ont appris.
Ce que je retiens de ces mois de formation
Après ces mois passés en salle et en visio, ma conviction est simple :
L'objectif n'est pas de laisser l'IA faire notre travail à notre place, mais d'apprendre à mieux travailler avec elle.
Je veux que mes apprenants puissent comprendre les outils, les choisir avec discernement et les utiliser sans dépendre constamment d'un formateur.
Les modèles vont continuer à évoluer. Nos façons de travailler aussi.
Et je préfère former des personnes capables de s'adapter plutôt que leur enseigner une méthode qui sera peut-être dépassée dans six mois.